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Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Cœur et art entame sa première française avec Patricia Reinhart! ‘Anoir et la dame du jardin’, court-métrage sélectionné pour la Nuit Blanche à Paris en 2018, est actuellement à la Biennale de Venise dans le cadre de ‘Personal Structures. Identities’ au Palazzo Mora jusqu’au 24 novembre. L’œuvre de Patricia Reinhart a déjà suscité l’intérêt de nombreuses institutions, dont la Fondation d’Entreprise Ricard et le Palais de Tokyo à Paris, ou encore Haus der Kulturen der Welt à Berlin pour ne citer qu’eux.

Chaque vague sait qu’elle est la mer. Ce qui la défait ne la dérange pas car ce qui la brise la recrée.

Lao Tseu

Portrait, Patricia Reinhart, 2019

La mer est féminine.

Elle porte en elle naissance et énergies, elle déploie la vie, crée et se recrée à l’infini.

Le travail de Patricia est placé sous le signe de cette symbiose entre être et nature, à la fois sensible à la psychologie et empreint de spiritualité.

Une note au piano plante le décor, puis le rideau se lève…

Ambiance monochrome à la fois obscure et belle, mi-inquiétante mi-envoûtante.

Elle nous interpelle, nous rend perplexe et par là intrigue et captive.

Que voit-on?

D’abord, ce paon de profil au premier plan (Anoir sans doute), qui se promène, nonchalant.

Son pas est lent mais certain, son plumage à l’horizontale souligne la branche au loin.

Serait-ce un hasard?

Ou un clin d’œil qui guide notre regard vers l’arbre et du même coup vers celle qui se tient debout juste en-dessous?

Qui est-elle?

La lune l’éclaire, sa robe est simple mais étincelante.

Qu’observe-t-elle au loin?

Notre imaginaire complète à sa guise ce poème que nous conte Patricia par bribes, tel un songe.

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Cette vidéo nous invite à déceler ici et là des détails comme autant d’indices et de pépites pour les yeux: tremblements quasi imperceptibles dans les arbres, léger flottement de la robe… La brise est passée par là et l’artiste la saisit au vol.

Tout est au ralenti et incite à la contemplation au sens de méditation, de pleine conscience des choses qui nous entourent. Le temps paraît figer l’espace et en souligner l’étrangeté dans ce jardin magnétique car parsemé de questions. Patricia peint un tableau adagio à l’état de veille. Elle sonde et sublime le vide.

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

La bande-son nous berce alors que son minimalisme est troublant: juste deux trois touches de piano, éparses et évanescentes. Avec brio, Patricia capture ces pulsations nocturnes: un silence ponctué de petites vibrations comme celles que l’on entendrait sur la lune, un glacier ou au sommet d’une montagne. Nous voilà quelque part entre rêve galactique et utopie.

La brise qui parcourt le décor et affleure la robe de la protagoniste est synonyme d’évasion et de liberté qu’un espace naturel nous apporte. Le vent rappelle notre besoin de laisser libre cours à nos émotions, comme l’étudia le psychanalyste Arno Gruen dans son ouvrage ‘Betrayal of Self’ qui inspira Patricia Reinhart.

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Le jardin, les arbres, le paon reflètent ici une nature sauvage, étrange peut-être mais dans laquelle nous puisons nos forces. Ce retour aux sources est en même temps un retour sur soi, sur notre propre épanouissement qui naît de l’empathie, de l’amour, de l’ouverture sur autrui. Selon Gruen, dès lors que la volonté de puissance prend le pas sur l’émotion, notre capacité à la bonté s’estompe voire disparaît.

Là où l’amour règne, il n’y a pas volonté de puissance et là où domine la puissance, manque l’amour. L’un est l’ombre de l’autre.

Carl Gustav Jung, in L’Âme et la Vie (textes choisis par Jolande Jacobi), 2016.

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Afin de traduire cette nuance, Patricia emploie une technique bien à elle, le ‘ciné-collage’ qu’elle inventa il y a plus de quinze ans. Toutes sortes de fragments de photos et de vidéos sont agglomérées ici pour créer ce collage animé sous forme de film.

Le résultat est un monde malléable et hors de portée, une illusion épatante qui mêle cinéma et peinture: un montage grandeur nature du ‘stop motion’ qui est plus aboutie car picturale.

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Sa série de toiles intitulée ‘Patience’ est ainsi une extension de cette vidéo car elle aussi portée sur la palette d’émotions que recèle un paysage. Le titre de chaque tableau (l’amour, l’hiver, le jardin, la forêt et le ciel) souligne le caractère intime de son œuvre.

L’artiste explore ces perceptions et expériences sensorielles, passant de l’hiver au jardin à la forêt et au ciel de manière introspective. La femme de dos, c’est elle, la Dame du Jardin.

Comme la mer, le jardin l’habite…

Film still „Anoir and the woman in the garden“, Patricia Reinhart

Tu n’y verras clair qu’en regardant en toi. Qui regarde l’extérieur rêve. Qui regarde en lui-même s’éveille.

Carl Gustav Jung, in L’Âme et la Vie (textes choisis par Jolande Jacobi), 2016.

 

 

Auteure: Alexandra Etienne