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Berlin, 2019 © Gabriela Souza
Berlin, 2019 © Gabriela Souza

Dans sa chronique CŒUR À CŒUR, Guido Brancher de GUID-O-BERLIN présente des lieux et événements afin de les comprendre et de les situer dans un contexte historique et temporel. Carte blanche quant à la thématique car nous aimons son goût éclectique et ses références variées.

Et puisque Berlin n’est vraiment belle que si vous la quittez régulièrement, certains de ses reportages seront tirés de ses voyages au-delà de la capitale.

Alors, laissez vous guider au fil de ces découvertes. Le coeur est voyageur!

Berlin, Berlin, 2020 © Guido Brancher
Berlin, Berlin, 2020 © Guido Brancher

Arcadia

Au cœur une période comme celle que nous sommes en train de vivre, lorsque nous sommes à la maison, seuls, à réfléchir à l’avenir, la nostalgie ne tarde pas à se manifester. Une nostalgie de lieux et de temps meilleurs. Et sans tarder, les utopies aussi commencent à occuper nos esprits. Une telle remise à zéro, sur le plan de la société, nous incite à nous concentrer sur l’essentiel, pour que nous puissions faire mieux, une fois cette crise passée.

L’un de mes endroits préférés, pour la nostalgie, est un coin du Parc de Sanssouci, à Potsdam, où se trouvent le Palais de Charlottenhof, les bains romains et les jardins au tour. Ce chef-d’œuvre néoclassique, l’architecture de Schinkel, les paysages de Lenné, avec leurs proportions, leurs perspectives parfaites, éveille en moi un sentiment nostalgique arcadien.

L’Arcadie, une représentation humaniste du jardin d’Éden.

À l’origine, les Arcadiens étaient les anciens des anciens chez les Grecs de l’Antiquité. Ce peuple de bergers semblait avoir atteint la sérénité totale, et vivait un bonheur simple: ils avaient suffisamment à manger, ils réglaient leurs conflits sociaux sans recourir à la violence. Il était évident qu’autant d’harmonie ne pouvait perdurer et que, tôt ou tard, notre peuple heureux se serait rapidement épuisé dans les nombreuses guerres entre ville-états. Ce fut la fin de l’Arcadie!

Mais il subsistera pourtant encore une idée de l’Arcadie, celle d’une utopie sociale, dans laquelle l’homme et la nature coexistent en harmonie. Cette idée fut reprise au cours du siècle des Lumières, en particulier par Rousseau, et a servi de base à notre société moderne.
L’Arcadie représentait, pour les Prussiens, une sorte de refuge contre un militarisme rigide ; cette idéologie pastorale, qui fait du Prince le berger de son peuple, son premier serviteur, représente tout à fait celle de Frédéric le Grand.

Si seulement les Prussiens s’étaient cantonnés à cette vision sociale, s’ils n’étaient pas devenus mégalomanes ! Cela nous aurait épargné l’effusion de beaucoup de sang et l’état prussien n’aurait pas connu le destin tragique de celui de ses amis grecs.

Et pourtant… l’idée-même de l’Arcadie est plus que jamais d’actualité!

Parce qu’à notre époque – où ceux qui exercent le pouvoir perdent toujours davantage le sens de leur responsabilité envers les peuples qu’ils gouvernent, qu’ils surexploitent et mettent en péril la nature et les générations futures – nous devons nous souvenir de nos valeurs humanistes.

Et n’est-ce pas exactement là où Greta cherche à nous amener?
Comme le chantait Joni Mitchell : « We are stardust, we are golden and we’ve got to get ourselves back to the garden ».

La nature nous exprime sa reconnaissance pour cette décélération subite : des images récentes de l’eau claire coulant dans les canaux de Venise, des dauphins qui se mettent à jouer dans le port de Cagliari, nous montre la rapidité avec laquelle elle peut se régénérer. Nous pouvons encore sauver notre planète. Il nous appartient de mettre durablement à profit cette réinitialisation forcée, pour la protection de l’humanité.

D’ailleurs, savez-vous que vous pouvez partir à la découverte de l’Arcadie, même en période de confinement ? Partez-vous promener, enfourchez un vélo – seul bien sûr, ou avec votre noyau familial – et découvrez comme la nature est parfaite. Le printemps nous rappelle que la vie continue, et qu’après le gris hivernale, le vert fait son retour ! Pour les Berlinois, Sanssouci vaut bien une grande balade à vélo. Et en plus d’oxygéner les poumons, cela permettra de réduire le gras du corona.

Εκτός από την Αρκαδία ! En route pour l’Arcadie !

La Photo d’En-Tête est de Gabriela Souza, photographe chilienne vivant à Berlin:

J’essaie toujours de dépeindre les lieux comme les personnes, de manière brute et sans maquillage. J’immortalise juste ce moment donné, tel qu’il est. J’adore marcher dans la rue et capturer ce qui se passe. J’adore la rue en guise de scénario

*GUID-O-BERLIN crée des souvenirs: rencontres personnalisées exclusives à Berlin et ses environs, explo-rations d’autres villes européennes en dehors des sentiers battus par les touristes.