INTRODUCING Valérie Favre

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Nuit opaque, nuage de gaz et de poussières. La toute dernière série de Valérie Favre Fragments nous plonge dans les abysses du cosmos. 

Ce sont les abimes de la nuit: l‘outre-noir’ du monde qui est la nuit de tous les temps, l’énigme irresistible. 

On y voit des étoiles filantes qui percent l’obscurité. Elles sont au coeur de la toile et stimulent notre imaginaire: Hirondelles confuses qui migrent en cercle, minuscules taches de rousseur blanches, poudre dispersée grain par grain, amas de sable…

on peut y voir toutes sortes de choses. Variée, immuable, l’oeuvre de Valerie Favre est comme un spectre de lumières qui séduit par son mystère. Cela va sans dire que nous étions attirés par elle comme des papillons à la lumière au moment de visiter le studio Favres récemment pour notre Eigenbedarf Special

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La série Am Tisch, 2018dépeint ces evanescences. Au loin un papillon, ca et la des silhouettes diaphanes qui se dessinent, des bouts de meubles, des roses…

C’est comme si l’on s’éveillait doucement et commençait tout juste a discerner ce qui nous entoure, par touches: quelque part de vaporeux. Un songe.

Ailleurs, on voit un fond vert sur lequel se découpe une silhouette bleutée. De dos, plutôt fantôme qu’homme, elle a des branches a la place des bras. Elle flotte et navigue l’air dans une sorte de vague souvenir ou une absence qui bizarrement est ‘la’. 

Valérie met en scene et rend palpables ces histoires a travers nos identités et nos sensations entrecroisées et secretes. Sa peinture apporte de la clarté avec un soupçon de non-dit. Peut-etre que finalement les choses inexpliquées sont aussi les plus belles… 

Place a cette interview avec l’artiste pour en savoir plus!

Ton oeuvre est empreinte de références à la littérature, avec souvent une part de rêve, mais aussi d’obscur comme dans tes expositions The Art of Watching Birds, et Honig in der Sackgasse à la galerie Barbara Thumm.

Pourquoi ces titres et quelles émotions exprimes-tu dans ces tableaux en particulier?

Je travaille souvent a partir de livres, ceux des poètes, des écrivains et des philosophes. Au bout d’un moment je les oublie, et c’est seulement plus tard qu’ils me reviennent, par fragments et ricochets, d’une phrase l’autre. Ces textes constituent des moments-clefs que je fixe dans un titre.

Parfois, ce sont des instants précis qui déclenchent toute une série de tableaux comme celle, récente, que j’ai intitulée ‘Am Tisch’. 

Vent, feu, eau, terre… si ton oeuvre ou ta personnalité étaient un élément, lequel choisirais-tu?

Vent, feu, eau et terre sont liés et mon travail explore précisément ces connexions entre les éléments: les uns en parallèle aux autres et presque simultanément.

Y a -t-il une oeuvre d’art ou une situation, un individu ou un lieu particulier qui t’a inspirée et à devenir artiste?

Mon enfance assez solitaire et proche de la nature, plus tard la lecture et les envolées émotionnelles qu’un roman ou autre texte m’ont procuré, tout cela m’inspire et me guide dans mon art. Petite, la découverte de la peinture au Musée d’Art de Bâle où je me rendais d’abord accompagnée puis seule afin de revoir ces tableaux inlassablement …

Ce sont sans doute ces moments-là qui ont éveillé mon désir de peindre.

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Dirais-tu que tu es spirituelle? Dans quelle mesure la spiritualité nourrit-elle ton travail?

Je dirais que toute oeuvre d’art est spirituelle dès lors qu’elle s’ouvre sur un champ d’émotions plus vaste que ce qui nous est familier, comme un passage vers un autre univers qui permet à celui qui regarde de mieux se comprendre.Reste à élucider ce que l’on entend par oeuvre d’art…. 

Mon travail résulte d’influences multiples, qu’elles soient littéraires ou cinématographiques.

Je conçois ces points de référence comme des ‘flashs’: des étincelles, des bribes d’idées qui s’entrechoquent.

Elles sont perturbées et remises en question par d’autres influences encore , si bien que je pense être une artiste complètement mobile. Ma pensée bouge de manière perpétuelle et élastique pour suivre la versatilité de mes réflexions.

Chacune d’entre elles résonne en moi comme un ‘reflet’: c’est là où sans doute se glisse et réside le monde spirituel. 

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Est-ce que la musique et/ certains écrivains spécifiques te stimulent?

J’aime particulièrement les romans policiers, les textes classiques de Dante à Burroughs, de Kafka à Ovide en passant par Pérec, Blanchot… La littérature fait partie intégrante de ma vie. La musique quant à elle est plus diffuse. Je préfère peindre en silence.

La peinture et le cinéma/théâtre sont deux univers parallèles mais les liens qui existent entre eux sont intrigants. Est-ce que ton passé d’actrice influence ta manière de peindre?

Oui, c’est certain. Le monde du théâtre et du cinéma qui a forgé mon indépendance m’a fortement marquée.

En peignant, je me retrouve comme metteure en scène, costumière, éclairagiste, scénariste même en ce qui concerne les toiles en séries. Cela m’accorde certes une plus grande liberté mais toujours de l’ordre de l’intime.

En fait mes peintures se déroulent visuellement comme des récits, comme des films.

Impossible de rivaliser avec le fil narratif d’une pièce de théâtre bien sûr mais celui-ci est bien là, sous-jacent, implicite.

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Tes toiles sont comme des rébus qui fascinent, des énigmes visuelles à partir d’objets du quotidien, de mythes, de créatures extraordinaires. Que signifient pour toi ces êtres hybrides, ces identités doubles/plurielles?

Votre question me parle dans le sens où je montre la partie visible de l’iceberg. La géopolitique m’est essentielle.

L’art peut et doit l’interpréter, l’artiste fait donc figure de traducteur.

Dans la série de toiles ‘Suicides’ par exemple, les cafards sont des motifs ou outils qui captent une idée et la rendent concrète car visuelle.

Les créatures hybrides dans la série Lapine Univers, 2000 ou celles des Filets à souvenirs dix ans plus tôt incarnent mon identité ‘plurielle’. Je poursuis cette quête dans mes sérigraphies ou l’auto-portrait pousse chaque mises en scène jusqu’à l’abstraction. On m’y voit floutée, quasi irréelle, à l’image des séries portant sur El Lissitzkyu et Virgina Woolf, respectivement Komposition über Schopenhauer et Komposition über V. J’espère que mon travail tend vers l’universel.

Les strates de sens qui s’y imbriquent expriment une gamme de sensibilités et d’émotions au-delà de l’autobiographique.

Peux-tu nous dire quel est ton projet de travail en cours et quelle exposition tu as l’intention de voir prochainement ?

Ma série actuelle Cosmos fait suite à ‘Fragments’ de2012, une réécriture des paysages romantiques en quelque sorte. Ce sont des résidus ou réminiscences, des échos de notre mémoire et de notre imaginaire que le pigment et la pâte font resurgir sur la toile. 

Je travaille aussi sur un projet d’exposition qui aura lieu au début de l’année prochaine à la Galerie Pankow à Berlin, autour du thème de l’exil que j’avais proposé. Le but est d’optimiser les conditions de partage entre artistes. Il s’agit moins de peindre pour soi que pour autrui afin de s’inspirer mutuellement.

Sinon j’ai l’intention de visiter des expositions autour de la célébration du Bauhaus, notamment la Berlinische Galerie et le Bauhaus-Archiv.

Read more about Valérie Favre on her website or visit the big Eigenbedarf Groupshow to see some of her works in the flesh! 

EIGENBEDARF:

Opening hours and contact

25 August – 1 September 2019 | Täglich / Daily 16-20h

Montag geschlossen / Monday closed | Uferhallen, Uferstraße 8, 13357 Berlin-Wedding

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Header Photo und alle Portraits: Martin Peterdamm

Author: Alexandra Etienne