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Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Née en 1996, Amy Mifsud a récemment d’obtenu son diplôme d’UWE, Bristol. Elle explore la sculpture, la nature morte et la danse à travers la photographie. Son utilisation d’appareils argentiques se lit dans les teintes poétiques et les références au passé qui sous-tendent chaque image. J’ai tout de suite flashé sur son oeuvre à la Old Truman Brewery de Londres est lors de l’expo ‘Free Range 2019’ dédiée aux jeunes diplômés en photographie -de quoi repérer les jeunes talents d’aujourd’hui!

La mystique et la touche personnelle de son travail est attirante, elle invite notre regard à s’attarder sur chaque photo.

Dans cette interview, Amy nous en dit plus sur les histoires qui s’y immiscent, en particulier dans la série ‘Hag Stones’ qui explore les liens entre soeurs, la féminité, et la lignée -ces noyaux-phares de notre identité qui nous rattachent a nos origines et aux traditions qu’elles raniment.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Vent, feu, eau, terre… si ton oeuvre ou ta personnalité étaient un élément, lequel choisirais-tu?

L’eau. J’ai grandi le long de la côte anglaise, ce qui m’a permis de nager à tout moment de l’année, depuis toute petite.

Voilà la source de mon attrait pour la mer. J’aime être près de l’eau, sentir la brise, écouter les vagues. Quand j’ai quitté le bord de l’eau, j’ai constaté que le son de la mer me manquait plus que tout.

C’est au cours de mes études d’art que j’ai commencé a noter les liens entre l’eau et le fait d’être une femme.

L’eau porte en elle une symbolique à sens multiples. Pour moi, le pouvoir de l’eau est à couper le souffle, implacable quoiqu’infiniment brisé au gré des vagues. Comme tous les éléments de la nature, l’eau force le respect et la connaissance.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Y a -t-il une oeuvre d’art ou une situation; un individu ou un lieu particulier qui t’a inspirée à devenir artiste?

Être créative fait partie intégrante de qui je suis. Ma mère a inspiré ma nouvelle série Hag Stones, et m’a toujours encouragée à faire de l’art avec elle. Dorset d’où je viens offre des paysages superbes et de nombreux artistes y résident.

Ma mère est celle qui m’a aidée à poursuivre les arts pour mes études supérieures et j’apprécie de tout coeur l’impact artistique qu’elle a eu sur ma vie.

Le portrait a déterminé ma vocation: j’aime travailler avec les gens et capturer leur caractère. Raconter une personne par l’image est le fil conducteur de ce que je souhaite réaliser dans mon travail.

Vivian Maier est la première artiste vers laquelle je me suis tournée, elle m’obsède! Je suis frappée par le mystère qui enveloppe sa personnalité. L’intrigue qui irrigue son oeuvre inspire mon travail.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Dirais-tu que tu es spirituelle? Dans quelle mesure la spiritualité nourrit-elle ton travail?

J’ai toujours aimé apprendre la religion, même à l’école. Je ne suis pas croyante, mais je pense qu’il y a en nous quelque chose d’inné qui recherche ‘l’autre’, le mystère, l’inconnu. Je suppose que je suis un peu spirituelle dans ma façon de voir le monde et dans mes rencontres avec autrui.

L’avant-dernière image de la série Hag Stones a été prise à la chapelle Sainte-Catherine qui se trouve au sommet d’une colline, dans le village endormi d’Abbotsbury.

Cet environnement totalement isolé évoque le calme, la méditation, le repli sur soi et son atmosphère si particulière me hante depuis.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Utilisée jadis comme phare, la chapelle est un emblème pour les marins revenant de la mer et peut-être ce qui les a sauvés de la Dissolution.

Son nom se réfère à Sainte Catherine, sainte patronne de toutes les femmes dites ‘vulnérables’ a l’époque, les célibataires.

«Hag» dans ma série renvoie à la notion de sorcellerie qui sous-tend les histoires folkloriques médiévales.

Mais ici, Hag Stones est une ode à la lignée, à l’ascendance et à la fraternité entre femmes.

Y a-t-il un type de musique, un livre ou un auteur qui te stimule?

Le livre ‘Home Dartmoor‘ de Garry Fabian Miller est une source d’inspiration essentielle pour Hag Stones.

Le texte de Miller me persuada de revenir sur l’histoire du Dorset et donc mes racines.

L’expressivité qui se dégage des autoportraits de Jill Beth Hanne m’a captivée et depuis, je ressentais moi aussi le besoin d’expérimenter avec l’auto-portrait afin d’exprimer l’acceptation de soi et du deuil dans le filet de sécurité de mon groupe à l’université et de mon cocon familial.

J’essaie de lire autant et aussi largement que possible. J’aime l’écriture et suis toujours a l’affût d’un nouveau livre. J’ai lu pas mal de romans noirs tirés d’histoires de crimes avérées. La lecture de ‘Cela va faire mal’ par Adam Kay m’a fascinée.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Les notions de famille et de liens semblent sous-tendre ta série «Hag Stones». Comment utilises-tu la photographie pour capturer cette idée de relations féminines liées à la fantaisie, au folklore, aux superstitions?

Ma mère a toujours dit que mes sœurs et moi descendions de Boudica et que j’ai toujours admiré les femmes puissantes et indépendantes.

Ma famille est basée à Portland Isle dans le Dorset. Cette île est assez excentrique et progressive, résolument décalée, avec ces voitures affublées d’autocollants comme ‘puisse Portland rester étrange!’.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Historiquement, les femmes pouvaient être propriétaires foncières de leur propre chef, célibataires, bien avant que cela ne devienne la norme.

Sans surprise, l’une des plus grandes militantes pour les droits des femmes, Marie Stopes, est partie a Portland pour éviter les poursuites à Londres.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

J’ai examiné les relations féminines qui m’ont façonnée dans des endroits où je me sens en sécurité: chez mes sœurs, à Portland, dans la chapelle Sainte-Catherine et Kew Gardens à Londres.

Cet élément de sécurité m’est cher car la série a parfois déclenché en moi un sentiment de fragilité.

Il m’était alors impératif d’être dans des lieux de refuge, de manière cathartique peut-être.

Ma mère est présente tout au long de la série dans un sens magique, dépeinte uniquement avec des images d’archives en tant que petite fille de six ans.

Je voulais qu’elle soit la voix de l’émerveillement dans ma vie.

Mi-talisman mi-augure, une pierre de Hag est une sorcellerie protectrice.

Sans le savoir, ma mère trouvait toujours ces pierres lors d’une sortie à la plage.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Elles m’ont entourée depuis que je suis petite et c’est seulement par des recherches que j’ai découvert leur véritable sens. J’en ai gardé quelques-unes suspendues dans ma chambre pendant des années, comme celles de jadis il y a plusieurs siècles devant les maisons sur l’île de Portland.

Mon ouvrage de photos est composé de quatre pierres au total, une pour chaque fille et une pour notre mère, ainsi qu’un horoscope de 1996. Je tiens beaucoup à cet horoscope après l’avoir trouvé dans les archives de ma mère, qui a conservé cette écriture en gage du cadeau que je lui avais fait à l’époque.

Elle a senti que cela résumait parfaitement mon expérience universitaire et les progrès de ma dernière année.

Explorer ces récits avec mes sœurs m’était crucial, et ce processus personnel et collectif a renforcé ce qui nous unit mes soeurs et moi. C’est une vertu sacrée en elle-même qui me guide et me stimule intensément.

Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud
Hag Stones, 2019 © Amy Mifsud

Peux-tu nous dire quel est ton projet de travail en cours et quelles expositions tu as l’intention de voir prochainement?

Comme je viens d’obtenir mon diplôme, je diffuse et promeus actuellement mon projet Hag Stones. Je cherche à démarrer quelques nouveaux projets, mais je souhaite que ceux-ci soient long-termes. Je ne suis donc pas pressée de produire de nouvelles oeuvres, pour l’instant il s’agit de renforcer mon réseau et de nouer des contacts.

Mon travail a été montré à Liverpool avec l’exposition de RPS Heroine (Un) Framing our Identities tout au long du mois de septembre et j’ai hâte de voir toutes les nouvelles expositions se dérouler à Bristol l’année à venir, y compris les conférenciers de la Martin Parr Fondation.

ABOUT HAG STONES BY AMY MIFSUD 

A poetic discussion of the relationship three sisters can form together and how my identity has been shaped by the women in my family. This series came through my transition into womanhood and my family members accepting me fully as an individual. Elements of fantasy and superstition have been heavily underpinned by my two sisters and my mother. Through a series of portraits, self-portraits and observations, I’ve begun to further understand my own thinking and how that has been informed. Using an analogue medium has helped to add a new depth to my project enhancing my colour palette with soft evening hues, reminiscent of the closing of a day and new beginnings.

Find out more about Amy Mifsud on her website

Author: Alexandra Etienne